J’eus la chance d’avoir (à l’école d’horticulture de Vilvorde) pour maître en pomologie, arboriculture fruitière et d’ornement, le Professeur Edmond Van Cauwenberghe, qui débuta sa carrière professorale en écrivant un livre sur l’histoire et la culture des… roses! En lien avec la station de recherches de East-Malling (Kent – G.B.), il poursuivait à Vilvorde des recherches sur les porte-greffe sélectionnés de pommiers. Il fut ainsi, en plus de toute une série de monographies de type pomologique, l’auteur d’une “Etude et Sélection des Sujets Porte-Greffes pour arbres fruitiers”.

Le Professeur Van Cauwenberghe avait une compétence reconnue aussi bien en Belgique qu’internationalement, et, sans jamais élever la voix, il avait le don de se faire écouter et respecter de ses élèves; pour moi c’était un “Maître”,dans le tout bon sens du terme.

Je complétai mes études à Vilvorde par une formation en agronomie tropicale (“coloniale”, à l’époque). Ensuite, durant un an, je travaillai dans une culture fruitière intensive servant de laboratoire de recherches pour l’Union Chimique Belge.

On y cultivait encore commercialement, entre autres, des ” Beurré Lebrun”, “Dr. Jules Guyot”, “Bonne Louise d’Avranches” et en pommes, des “Melba”, “Gascogne Scarlet” et même des “Sabot d’Eysden”.

Après un séjour en Afrique, pour des raisons difficiles à expliquer ici, je changeai “mon fusil d’épaule”: j’entamai des études militaires en Belgique pour être ensuite envoyé comme officier de carrière, en Allemagne durant 18 ans. Ainsi pendant une dizaine d’année, j’oubliai quelque peu l’horticulture (1960-1970).
Mais en 1970 je pus acquérir une grande maison avec jardin à l’avenant, à Enines (Orp-Jauche) et aussitôt mes “anciennes amours” se rappelèrent à mon bon souvenir… Il faut savoir qu’en 1970, notre patrimoine pomologique, tant chez les marchands de fruits que dans la plupart des pépinières, s’était terriblement appauvri! J’en étais désolé et inquiet: j’eus l’intuition qu’il fallait faire quelque chose pour sauvegarder notre splendide diversité pomologique (je n’avais alors jamais entendu parler de Monsieur Populer qui, à Gembloux, avait eu la même intuition que moi). Très vite je me mis à la recherche de ces anciennes variétés, disparues de nos étals.

Mes annonces dans les journaux locaux et des prospections dans les vergers environnants me permirent de surgreffer plusieurs arbres dans mon jardin, dont un pommier avec 26 variétés!

Mais je n’oubliais pas les roses… J’ai eu la chance à cette époque de rencontrer Monsieur Louis Lens, qui proposait, dans un catalogue très modeste, une belle collection de roses botaniques et anciennes. Dans les années 70, l’engouement du public pour ces roses était loin de ce qu’il est aujourd’hui. Je plantai ainsi à Enines une très minime roseraie historique et m’affiliai à la Société Royale Nationale “Les Amis de la Rose” dont je suis toujours membre et rédacteur pour leur revue “Rosa Belgica”.

En 1978, j’eus la chance de pouvoir acheter, à proximité de chez moi, environ un hectare de terre agricole, en deux parcelles. Alors s’est posée la question: réaliser une roseraie digne de ce nom ou un verger conservatoire ? Entre les deux mon cœur balançait.

Mais après une profonde réflexion j’ai dû conclure que la disparition définitive de nos anciennes variétés de fruits, était plus à craindre que celle de roses, encore bien représentées dans de grandes roseraies européennes.

De plus, je ne vous en ai pas encore fait part, des semeurs belges, entre environ 1750 et 1900, avaient obtenu 1.100 variétés de poires nouvelles, dont +/- 200 dans le canton de Jodoigne. Ceci me fit donc opter pour le verger conservatoire, mais si j’ai épousé ainsi la pomologie, les roses sont restées mes amies intimes!
Durant l’hiver 78/79 j’ai planté mes premiers arbres: tout ce qui existait encore dans les meilleures pépinières, de Gosselies, Lesdain et autres lieux.
C’est fin 1978, que je fis connaissance de Monsieur Charles Populer, et de son oeuvre de sauvegarde pomologique et création d’une banque de gènes, entamée depuis quelques années. Le “courant passa” immédiatement entre nous deux, et le plus souvent possible je lui rendais visite lors de mes séjours en Belgique.
Après avoir écrémé les différentes pépinières belges, je me mis à acheter des sujets porte-greffes, de pommiers, poiriers et pruniers. J’ai ignoré les cerisiers toujours trop volumineux. En fait la parcelle destinée au verger n’a que 45 ares, et je ne pouvais donc planter que des basse-tiges. Je regreffai dans le verger les variétés déjà greffées dans mon jardin, je fis connaissance d’autres collectionneurs, je visitai des pépinières et collections à l’étranger et continuai mes prospections en vergers belges.

Dans un de ceux-ci, à Jauchelette, je découvris une pomme très rouge, à l’extérieur comme à l’intérieur! En attendant de pouvoir l’identifier exactement, je la baptisai “Sanguine de Jauchelette”. Finalement je découvris son véritable nom: “Calville rouge d’automne”, très ancienne variété déjà connue au XVIIIème siècle.

J’ai toujours pratiqué de la sorte lorsqu’on me procurait du bois de greffe d’une variété non identifié: “Grosse du Château des Cailloux”, “Calville Madame Legrand”, “Bizarre de Thozée”, etc…
Prenant régulièrement mes vacances en août, je revenais chaque fois avec des rameaux pour mes écussonnages, (et les roses faisaient partie du lot). Bref, ces recherches occupant la quasi-totalité de mes loisirs, je décidai de renoncer à l’avancement dans ma carrière militaire de façon à pouvoir être mis, comme commandant, à la retraite à 51 ans. En 1981 je fus muté au SHAPE, à Casteau, à l’ “Audit & Inspection Branch” de la division “Budget & Finance”.

Or, l’armée belge prévoit, pour les officiers mis à la retraite à 51 ans, des facilités de services et des bourses d’étude pour pouvoir se préparer à une seconde carrière, civile, cette fois, et cela pendant les 3 dernières années de service. J’en profitai pour m’inscrire à la station de phythopathologie du centre de recherches agronomiques de Gembloux, avec Monsieur Populer comme “Patron”! Durant 3 belles années j’ai pu ainsi approfondir mes connaissances, à la station de phytopathologie, comme à la station de recherches fruitières et maraîchères ou à la chaire d’horticulture de la Faculté.
Une fois retraité, je me suis évidemment consacré à fond à mes domaines préférés. Année après année, le verger conservatoire s’est enrichi. J’ai donné des conférences. En octobre 1988, un ami m’a signalé que le “Nationaal Boomgarden Stichting” allait représenter la Belgique à Montbelliard, en Franche Comté, à l’occasion des 15 ans des “Croqueurs de Pommes” (association française dont je faisais partie). J’ai aussitôt été trouver une autorité de la Communauté Française responsable des relations internationales, et lui ai demandé de m’établir un ordre de mission pour nous représenter là-bas, ce qui fut accepté. Avant d’y aller, j’avais décidé de faire de mon verger un centre d’information et de recherches pomologiques pour amateurs (C.I.R.P.A.). Je partis donc, avec mes fruits, et des petits prospectus, rapidement photocopiés, expliquant le sens de mes recherches et invitant les personnes intéressées à se faire membres du C.I.R.P.A.. Le week-end se passa bien; j’y ai rencontré plusieurs sommités du monde pomologique, et fus même invité par la propriétaire du château de St-Jean de Beauregard, en Ile de France, à venir l’année suivante tenir un stand lors de leur fête des jardins d’automne.

Et, lors de mon voyage de retour, quelle ne fut pas ma stupéfaction, écoutant ma radio de bord, d’entendre une dame annoncer: “Vous allez entendre, après un petit intermède musical, Monsieur… (je ne sais plus son nom) qui vous parlera du C.I.R.P.A. Vous vous imaginez dans quel état euphorique j’étais en écoutant cet intermède musical! Quel succès fulgurant! Puis le Monsieur parla :”…Oui, n’hésitez pas à adhérer au C.I.R.P.A., le Centre d’Information pour… Retraités et Pensionnés de l’Armée”… Patatras! Quelle déception et quel retour à la réalité.

Finalement grâce à cela je me remis en question et considérai que, en fait, mon association ne pouvait ignorer les roses: les élagages d’arbres pour Monsieur et la taille des rosiers pour Madame.

D’où la naissance, il y a 15 ans de FLORE & POMONE, à l’issue d’une conférence donnée au Musée d’archéologie d’Orp-le-Grand, le 26 octobre 1989, sur le thème “Nos vergers, leur passé, leur avenir”.

Immédiatement une dizaine de personnes s’engagèrent, et j’ai eu le plaisir d’en retrouver quelques-unes aujourd’hui. Un magazine a pu paraître 4 fois l’an, et un “spécial roses” fut édité à l’occasion d’une exposition de roses, en juin 1990. Exposition pour laquelle Monsieur Louis Lens m’offrit une très grande quantité de fleurs; les bouquets de cynorhodons qui agrémentent notre salle d’exposition, aujourd’hui, proviennent de ses successeurs Ann et Rudy Velle.

Par la suite, d’autres conférences et expositions, eurent lieu, surtout au musée d’archéologie d’Orp. Nombreuses furent, et sont toujours, nos participations à des foires de jardins. En 1994, les médias, tous les médias, s’intéressèrent à F&P : en mai, émission radio enregistrée sur le verger par Madame Dasnoy, en septembre on passe à “Jardin extraordinaire”, et le journal LE SOIR nous consacre toute une page signée Josiane Vandy…, interview dans le studio de la RTBF 2, à l’époque à Namur, puis d’autres articles dans différents journaux, TV COM (Brabant Wallon)… Nous avons aussi participé à une exposition de fruits organisée à l’Hôtel de Ville de Bruxelles, par la Société Royale Linéenne et de Flore, qui nous valut une médaille d’or !

En 1995, nous changeons de statut, d’association de fait, nous devenons une ASBL, ce qui nous donne un statut juridique.

En 1996, grande exposition de fruits, dans des locaux du Château des Cailloux et parution de ma monographie, en collaboration avec Monsieur Marc Verdickt, consacrée à la “Pomone Jodoignoise”, (épuisée aujourd’hui).
Cette exposition eut lieu au Château des Cailloux car, durant des années, j’ai espéré pouvoir y réaliser, dans l’enceinte de l’ancien potager, un autre verger conservatoire, où j’aurais pu montrer toutes les formes possibles de culture d’arbres fruitiers, surtout des formes palissées, ce qui n’est pas possible dans le verger initial d’Enines. Il faut savoir que ce Château depuis des décennies, est utilisé comme internat de l’Athénée de Jodoigne, et que l’entretien du potager a été totalement abandonné depuis 25 ans à peu près.

En 1998, Monsieur Mortelmans, propriétaire de la ferme de l’ancienne abbaye cistercienne de La Ramée, me demanda de prévoir l’installation, sur le site, à l’endroit du verger des moniales avant la révolution française, d’un grand verger conservatoire, avec 240 mètres de murs exposés quasi plein sud, pour les formes palissées.

En 1999, Flore & Pomone y fêtera ses 10 ans, dans l’immense grange dîmière: “cathédrale de la pomologie”, s’est exclamée une amie.
En 2000, le jour de la Sainte-Catherine, le 25 novembre, avait lieu la plantation du verger de La Ramée, qui sera appelé “Fruiticum”. J’ai eu ainsi l’honneur de planter, symboliquement, avec le bourgmestre de Jodoigne, un poirier haute-tige de “Triomphe de Jodoigne”, variété obtenue en 1855, par le… bourgmestre de Jodoigne.
L’année suivante je remis le flambeau de la présidence au colonel Michel Vandermaelen, passionné également d’horticulture. Il assuma cette tâche jusqu’à sa mutation, assez rapide, pour… Pékin, comme attaché militaire. Ce fut ensuite Madame Sylviane Coutisse, ingénieur agronome, qui accepta cette charge pour la transmettre cette année à Madame Françoise Van Roozendael, également ingénieur agronome.

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